Vous pensiez que la visite du pape Léon XIV en France, prévue du 25 au 28 septembre, allait apaiser les tensions ? Détrompez-vous. Les associations de victimes de violences sexuelles ne cachent pas leur déception, et la fameuse « liste noire » du gouvernement pour l’éducation n’arrange rien. Objectifs flous, moyens insuffisants, manque de soutien : le terrain est miné.
Violences sexuelles dans l’Église : une rencontre sous le signe de la défiance
Le scandale de l’établissement catholique de Bétharram, révélé l’an dernier, reste dans toutes les mémoires. À seulement 15 kilomètres de Lourdes, des dizaines d’anciens élèves ont raconté les violences subies. Le collectif de victimes avait demandé à être reçu par le pape. Il l’obtiendra, mais cette rencontre privée ne suffit pas à dissiper le malaise. « Il faut embrayer. Il ne peut plus se contenter d’être dans du témoignage, c’est aussi à l’Église de dire stop et d’être aux côtés des victimes », lance Alain Esquerre, porte-parole du collectif.
De l’autre côté, certaines voix s’élèvent avec vigueur. Yolande du Fayet de la Tour, présidente de l’association « De la parole aux actes », ne mâche pas ses mots : « Une visite qui va même coûter des millions d’euros, avec ça on indemnise un paquet de victimes. Autant d’argent pour la visite d’un pape, dont les objectifs sont peu clairs, c’est obscène. » Le budget, évalué à 10 millions d’euros en juin dernier par l’archevêque de Paris, aurait depuis été revu à la hausse.
Des objectifs flous et des victimes triées sur le volet ?
Arnaud Gallais, président de Mouv’enfants, craint que cette rencontre ne soit qu’une mise en scène. « Le pape va rencontrer des personnes qui diront sûrement vouloir faire une messe avec lui, ce n’est pas du tout ce que j’attends. Je m’estime blacklisté dans le sens où je dis une vérité qui n’est pas bonne à entendre. » Le militant a écrit à Emmanuel Macron pour demander à être reçu lui aussi, fort de son expérience auprès des victimes.
Lors de son déplacement en Espagne début juin, Léon XIV avait promis des « efforts supplémentaires » et une « réponse plus efficace » face au « fléau » des abus. Mais les organisations de victimes attendent des actes concrets, pas des symboles. En octobre 2021, la commission Sauvé avait estimé à 330 000 le nombre de mineurs victimes de violences sexuelles au sein de l’institution en France depuis 1950. Un chiffre qui donne la mesure de l’urgence sociale.
La « liste noire » du gouvernement : un dispositif aux contours encore flous
En parallèle, le gouvernement a annoncé la création d’une « liste noire » des personnels de l’éducation nationale ayant eu des comportements inappropriés avec des mineurs. L’objectif affiché : empêcher tout réemploi, même sans condamnation pénale. Une mesure saluée sur le principe, mais qui soulève de nombreuses interrogations et met en lumière les difficultés du terrain.
Qui sera inscrit sur cette liste ? Comment les signalements seront-ils traités ? Quels recours pour les personnes concernées ? Autant de questions qui restent sans réponse. Les structures d’aide aux victimes redoutent un effet d’annonce, sans moyens humains ni financiers à la hauteur des enjeux.
Soutien aux victimes, prévention, victimologie : les vraies priorités
Au-delà de la « liste noire », ce sont les politiques de prévention et de victimologie qui doivent être renforcées. Les associations réclament des financements stables pour accompagner les victimes dans leurs démarches, souvent longues et éprouvantes. Le manque de soutien psychologique et juridique est régulièrement pointé, notamment dans les zones rurales où les permanences se font rares.
Les services d’enquête, eux, croulent sous les dossiers. Des « dossiers fantômes », des procédures perdues, des enquêtes à l’abandon : une note récente du ministère de la Justice a dressé un constat alarmant. Les associations parlent d’une urgence sociale qui dépasse les seules considérations budgétaires. Sans une prise en charge globale, la parole des victimes ne suffira pas à briser le cycle de la violence.
Ce que les associations attendent concrètement
Face à ces difficultés, les organisations de victimes ont formulé des demandes précises. En voici quelques-unes, qui reviennent régulièrement dans leurs prises de parole publiques :
- 🛡️ Une liste noire réellement opposable aux employeurs, y compris dans le secteur privé et associatif.
- 💶 Un fonds d’indemnisation abondé, pour éviter que les victimes attendent des années avant d’être reconnues.
- 🧑⚖️ Des enquêtes indépendantes, avec des moyens humains et des délais contraints.
- 📚 Des programmes de prévention systématiques dans les écoles et les structures d’accueil.
- 🤝 Un véritable soutien psychologique, financé sur le long terme, avec des professionnels formés à la victimologie.
- 📢 La transparence sur le devenir des personnes inscrites sur la liste noire, et les critères précis d’inscription.
Autant de chantiers qui demandent une volonté politique forte. La visite du pape et l’annonce de la liste noire ne sont que des premiers pas. Encore faut-il que les objectifs flous se transforment en actions concrètes. Les associations, elles, n’ont pas l’intention de baisser la garde.

Journaliste de terrain, Léna couvre Mulhouse depuis dix ans. Elle connaît la ville quartier par quartier, du centre historique au Nouveau Bassin. Sa spécialité : dénicher les bonnes adresses avant tout le monde.